L’ascension résistible d’Arturo Ui avec Mark Gatiss au RSC – critique

Il est facile de comprendre pourquoi le RSC a relancé la fable édifiante de Bertolt Brecht sur la montée incontrôlée au pouvoir d’un démagogue populiste de droite à ce moment instable de notre histoire. Il s’agit d’un avertissement frappant, dessiné avec des couleurs primaires et des lumières clignotantes, destiné à quiconque prête la moindre attention à ce qui se passe dans les pays du monde entier.

Et avec le casting extraordinaire d’un Mark Gatiss méconnaissable dans le rôle du gangster voyous éponyme qui cajole, cajole, soudoie et intimide pour se frayer un chemin vers l’autorité absolue dans le contexte criminel du Chicago des années 1930, les parallèles avec le passé et le présent sont épelés – littéralement, sur un tableau de sous-titres projeté – en grosses lettres majuscules. Et pas le genre de message que l’on peut lire dans une publication présidentielle sur les réseaux sociaux.

La nature allégorique de la pièce de Brecht n’est pas subtile, mais quand il l’a écrite en 1941, le monde était au milieu de son dernier effondrement majeur, alors peut-être peut-on lui pardonner un peu de brutalité. Mais le poids de la métaphore pèse parfois un peu trop lourd dans le premier film de Seán Linnen pour la société, habillé de ces couleurs primaires par la créatrice Georgia Lowe et arborant des uniformes et des emblèmes quasi-nazis alors que l’emprise autoritaire de Ui sur sa communauté devient de plus en plus violente et imparable face à une population trop docile, trop intimidée ou tout simplement trop aveugle pour voir le résultat final avant qu’il ne soit trop tard.

La mise en scène de Linnen rend délibérément le public complice : au début, lorsque le comédien Mawaan Rizwan fait un mini numéro de stand-up pour présenter les personnages, on est invité à applaudir, à la manière d’un studio de télévision. La volonté d’obéir revient nous mordre plus tard lorsque les applaudissements sont destinés à un compère très différent, dont le but est beaucoup plus sombre.

L'ascension résistible d'Arturo Ui 2

Rizwan regorge d’énergie électrique brute et est constamment observable. Il en va de même pour Janie Dee, vétéran des comédies musicales, dans une gamme de rôles, ainsi que d’un solide casting de soutien qui comprend le fidèle Christopher Godwin du RSC. Mais la nuit est incontestablement celle de Gatiss, qu’il apprenne l’art oratoire auprès d’un acteur provincial ou qu’il s’entraîne à une démarche d’interprète qui se transforme trop facilement en pas d’oie. Avec sa moustache miniature et sa frange lissée, sa ressemblance avec un certain dictateur est troublante sans être exagérée, et son émergence progressive en tant qu’autocrate en uniforme comprend des clins d’œil pertinents à d’autres dirigeants nationaux suspects en cours de route.

Avec une musique de Placebo, interprétée par un groupe accompli au sommet d’une plate-forme géante qui monte et descend de la scène, le tout semble tour à tour caricatural, culte et finalement terrifiant, avec un épilogue suffisamment brutal pour glacer l’âme.

Il n’a peut-être pas le punch ni l’intelligence de la pièce allégorique ultérieure d’Arthur Miller, The Crucible, mais Arturo Ui est un personnage à craindre, à combattre et à rejeter. Brecht affirme que son ascension est résistible : seul le temps nous dira si son optimisme est justifié dans le deuxième quart du 21e siècle.