Que se passe-t-il lorsque la maison devient quelque chose auquel vous ne pouvez plus vous accrocher ? Cette question est au cœur de l’ambitieuse et profondément émouvante Atlantide d’Emily White.
La pièce raconte l’histoire d’une famille de Cardigan, qui se bat pour sa communauté, ses croyances et contre la montée constante du niveau de la mer dans sa ville balnéaire bien-aimée. L’inévitabilité croissante de la crise climatique se profile en arrière-plan, mais le cœur de la production réside autour des tables de cuisine, dans les désaccords familiaux et dans les moments de rire et de perte. Le temps se déplace de manière fluide à travers la pièce, permettant aux générations d’émerger sous les yeux du public sans jamais perdre de vue les personnes qui en sont le centre.
La direction de Guy Jones oriente ces changements en douceur, permettant au temps de passer par trois décennies de changements de conversations politiques, environnementales et sociales en l’espace de deux heures. Les performances sont uniformément excellentes. Richard Elfyn et Vivien Parry apportent énormément de chaleur et d’authenticité à Bryn et Gwen, deux grands-parents qui ont passé toute leur vie à protester et à faciliter un monde meilleur pour les générations futures. Parry, en particulier, apporte une honnêteté farouchement passionnée qui ancre une grande partie du poids émotionnel de la production.
Autour d’eux, leur fille Claire (Catrin Aaron) se retrouve prise entre deux visions opposées du futur : la détermination de Bryn à rester enraciné là où il est et le désir incessant de Gwen de partir avant qu’il ne soit trop tard. Au fil des années, leurs petits-enfants empruntent des chemins nettement différents. Phillip (Alfie Llewellyn/Cole Davies Hughes) embrasse la vie de famille, construisant une maison avec sa femme et sa fille adorée, tandis que Rhiannon (Eirlys Lovell-Jones/Emily Hughes) sacrifie son désir de mariage et d’enfants pour passer sa vie à protester.

Les performances des acteurs maintiennent la production en vie. Même si les jeunes interprètes sont parfois difficiles à entendre au début, ils gagnent en confiance et apportent une puissante présence scénique qui complète le noyau émotionnel de la pièce. Elfyn et Parry partagent une alchimie remarquable, décrivant un mariage façonné par des décennies de souvenirs partagés, de désaccords et d’affection. Qu’il s’agisse de se disputer sur l’avenir de leur maison ou de se remémorer leur première rencontre, ils créent une relation dans laquelle il est impossible de ne pas investir.
Visuellement, la production ne perd jamais de vue ses racines. Avec une scénographie de Frankie Bradshaw, des draps déchirés créent un littoral, les clôtures de jardin deviennent une jetée baignée par la mer, tandis que les subtiles transitions vidéo de Josh Pharo permettent aux années de s’écouler presque imperceptiblement. Il y a une mélancolie qui traverse la pièce, mais aussi de la joie, de la résilience et de l’affection. Le résultat est un monde qui semble profondément familier, même s’il envisage de profonds changements.
Il n’y a pas de réponse facile aux problèmes présentés dans Atlantis, et la production n’en est que plus forte. Plutôt que de proposer des solutions, il oblige son public à s’asseoir dans une égale mesure d’incertitude, de chagrin et d’espoir. Le résultat est une pièce de théâtre captivante qui semble enracinée au Pays de Galles tout en parlant d’un avenir qui nous appartient à tous.