Dracula : Le rêve de Lucy à Pleasance à l’EICC – Revue Edinburgh Fringe

Le titan gothique de Bram Stoker a été disséqué, réanimé et mis en scène dans des itérations presque infinies, mais celui de Plexus Polaire Dracula : le rêve de Lucy adopte une approche curieusement hyper-centrée : mise en scène sur un seul fragment sensuel du roman original (la défaite charnelle et horrifiante de la tragique Lucy Westenra), cette pièce mêlée de marionnettes construit un monde sombre et troublant qui semble impeccablement conforme à l’univers sombre de Stoker.

Visuellement, la réalisatrice Yngvild Aspeli et son équipe offrent des moments de pur artisanat à vous faire ramper. Presque entièrement non verbale, la pièce s’appuie sur un éclairage subtil et un design saisissant pour évoquer un paysage cauchemardesque inquiétant. Le seul refrain parlé – demandant que nous « croyions au faux » – frappe sur une excellente vanité. Après tout, dans le domaine des marionnettes, le public donne volontiers vie à des formes inertes. Ici, alors que Lucy est systématiquement vidée par le Comte, elle est remplacée par une marionnette grandeur nature, nous obligeant à regarder une femme vivante rendue littéralement inanimée : une inversion astucieuse et obsédante du médium.

Il y a des éclairs d’un véritable éclat théâtral : un essaim amorphe d’hommes envahissant son espace met en évidence les angoisses de genre du texte, tandis qu’une itération imposante et arachnide du Comte (je vais l’appeler Arach-ula) procure un frisson viscéral.

Pourtant, sur le plan dramaturgique, la production trébuche. Là où les adaptations à grande échelle ont souffert d’une trop grande concentration, Le rêve de Lucie va à l’opposé : en étirant un petit instantané thématique sur une heure complète, la pièce commence rapidement à paraître répétitive et étonnamment banale. Un acte final précipité ne parvient pas à empêcher le tronçon intermédiaire de s’essouffler, et on ne peut s’empêcher de se demander si l’introduction du personnage central de Mina Harker comme contrepoint aurait pu injecter un contraste indispensable.

Techniquement, il s’agit d’une masterclass en manipulation de marionnettes et en conception atmosphérique. Mais sans un arc narratif plus fort pour soutenir ses visuels saisissants, ce rêve sombre manque finalement un peu de mordant.

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