La comédie musicale au Southwark Playhouse Borough – critique

Le classique d'Oscar Wilde revisité par Linnie Reedman et Joe Evans est à l'affiche jusqu'au 10 août

Si des pommettes fabuleuses et une utilisation débridée du eye-liner étaient les seuls ingrédients d'un succès théâtral, alors cette musicalisation de l'histoire de vanité et d'orgueil d'Oscar Wilde serait un triomphe sans faille. Dorian : La comédie musicale on a vraiment l'impression d'être dans un travail en cours, même si celui-ci ne se prend pas trop au sérieux et s'inspire intelligemment d'un conte bien connu qui a déjà été vu une fois sur une scène londonienne cette année, dans l'adaptation multimédia au succès phénoménal avec Sarah Snook au Haymarket.

L'écrivain et réalisateur Linnie Reedman transforme Dorian Gray (impressionnant Alfie Friedman, ressemblant à un croisement entre un chérubin, Harry Styles et Mick Jagger dans le film culte) Performance) devient une rock star en herbe qui tombe sous l'emprise méphistophélique du promoteur musical Harry Wotton (George Renshaw, formidable). Dorian croit en son propre battage médiatique et se transforme en monstre égoïste, menant une vie de débauche sans jamais vieillir d'un jour alors que ceux qui tombent sous son charme tombent fatalement au bord du chemin.

L'histoire, minimaliste, a un côté kitsch et opératique qui se transpose bien dans un contexte musical, d'autant plus que la production de Reedman sait très bien quand il faut se retenir et quand il faut se lancer dans le mélodrame. Comme le livre, la partition de Joe Evans a besoin d'être judicieusement élaguée – elle pourrait heureusement perdre quelques numéros de chaque acte – mais c'est un amalgame convaincant, menaçant et sombrement enjoué de glam rock et de sophistication blasée à la Jacques Brel, avec un peu de ska et de Pet Shop Boys (au moins dansants) pour faire bonne mesure. Les voix sont rafraîchissantes, loin du style et du timbre typiques du « théâtre musical », et le groupe d'Aaron Clingham, constamment visible à l'arrière du décor, crée une véritable magie grunge.

Friedman doit encore trouver ses marques en tant qu'acteur mais il parvient à mettre en valeur le mélange contradictoire de doute et d'arrogance de Dorian tandis que Renshaw investit Wotton d'une assurance convaincante et lisse qui s'évapore progressivement et de manière convaincante au fur et à mesure que l'histoire avance. Dans le rôle de sa femme de plus en plus désillusionnée, Gabriella Lewis-Dodson est une fusion magnétique d'élégance et de désespoir fragile, et a une voix brute et excitante. Megan Hill apporte de la sauvagerie, de la sensibilité et une ceinture de voix enfumée et vibrante à la malheureuse Sibyl Vane qui meurt sous l'emprise de Gray.

Le scénario intègre parfaitement des citations de Wilde (« la seule façon de se débarrasser d'une tentation est d'y céder », etc.) dans le cadre moderne, et l'esthétique shabby chic (mise en scène par Isabella Van Braeckel) a une qualité intemporelle qui semble appropriée. Les costumes de Van Braeckel sont magnifiques, élégants et originaux, car ils mélangent les modes et les époques, et semblent tout à fait appropriés à une histoire se déroulant dans un milieu où le style prime éternellement sur le fond. La mise en scène de Reedman est plus adéquate qu'inspirée, et parfois carrément maladroite, tandis que la conception des éclairages d'Adam King évoque avec succès un monde crépusculaire de clubs louches et de débits de boissons, mais semble parfois frustrante et imprécise, de sorte qu'il n'est pas toujours clair où et quoi regarder.

Dorian : La comédie musicale est à quelques versions près d'être un très bon spectacle : la narration est aléatoire et la production n'est ni aussi opulente ni aussi concentrée qu'elle devrait l'être. Mais ce n'est pas la première fois cette année (l'autre exemple étant le spectacle coréen Marie Curie (le tuner de Charing Cross) a une nouvelle comédie musicale qui semblait plutôt bancale sur le papier, mais qui s'est révélée étonnamment agréable à regarder et captivante. Selon les mots d'un des personnages : « Je ne sais pas ce qui se passe, mais je vais m'y mettre ».